24H00 Du Mans : Une Histoire Bien Mouillée ...
24H00 du Mans Moto


Cédric TANGRE - Photo : Esprit-Racing
Cédric TANGRE Photo : Esprit-Racing


Nous sommes mi-Avril et déjà la course la plus importante en France a lieu sur le circuit Bugatti du Mans ! Les 24H sont un vrai défi mécanique et physique, et cette année l’objectif est de taille, puisque intégré au sein du LMS Junior Team Suzuki il est quasiment impératif de remporter la catégorie Stocksport.

Cédric TANGRE
Je partage le guidon avec Freddy FORAY et Louis BULLE. Ce dernier qui roule habituellement en 600cc découvre l’endurance avec une 1000 4 cylindres et il lui faudra s’adapter. Tandis que Freddy est pensionnaire de ce team depuis déjà quelques temps et est déjà bien rodé aux courses d’endurance.

Comme je l’ai dit, l’objectif est la gagne dans notre catégorie, en revanche au général, au vu du plateau, on peut espérer être dans les 8 premiers.

Mardi 14 Avril : découverte de la moto d’endurance !

Nous avions participé aux essais pré-Mans avec une moto quasiment d’origine, depuis elle a évolué avec l’arrivée de la ligne d’échappement, du boîtier kit, et surtout du gros réservoir d’endurance de 24L… Pour arriver à cette contenance, il a pris quelques centimètres, et gène légèrement le pilotage !

Après quelques tours d’adaptation, on se concentre pour peaufiner les réglages. La piste du Mans n’étant pas la plus exigeante, cela ne pose pas trop de problèmes. Freddy, Louis et moi alternons à son guidon et faisons progresser rapidement la moto. Les chronos baissent également, à mi-journée je suis proche des 1’41’0.

L’après midi continue sur cette lancée, je suis en 1’40’6 avec des pneus en fin de vie. C’est vraiment encourageant pour la suite, même si Louis a un peu plus de mal, puisqu’il doit s’adapter au pilotage d’une 1000cc.

En revanche en fin de journée je chute en perdant l’avant à la chicane Dunlop. Il s’est dérobé d’un coup sans que je ne puisse rien faire. Heureusement la moto n’a strictement rien, c’est à peine si le carénage est rayé…


Jeudi 16 Avril : derniers essais libres et 1ère qualification

Après une journée de repos, les essais reprennent. On fait rouler un peu plus Louis qui continue de progresser à chaque sortie. Dommage, la pluie s’est invitée sur une des séances et il n’a pu continuer son travail…

Enfin, mes qualifs arrivent. Juste avant moi Freddy a réalisé une super séance en obtenant le 7ème temps en 1’39’49 ! Je m’élance avec un pneu de course, je me mets direct dans le rythme au 4ème tour je suis en 1’40’4.

Il est temps de passer un pneu un peu plus tendre : dès le 1er tour j’améliore en 1 ‘39’8, puis je suis régulier dans ces chronos.
Il me reste encore un pneu qualif, ce coup-ci je passe sur la ligne en 1’39’57 ce qui me mets en 10ème position de ma séance. Pour l’instant on est vraiment bien au général (pour rappel la qualification s’effectue à la moyenne des 3 pilotes).
Pendant sa séance Louis progresse bien, il descend en 1’42’2 mais sa séance sera écourtée par une chute.

Au général nous sommes pour l’instant 9ème avec une moyenne de 1’40’4, mais il y a encore une séance le Vendredi matin.


Vendredi 17 Avril : 2ème qualification

Freddy suite à 2 chutes consécutives au même endroit que moi mardi n’a pas pu améliorer son chrono. En effet beaucoup de pilotes se sont fait piégés à l’entrée de cette chicane, il faudra y faire très attention pendant la course.

Pour ma part en raison de ce qu’il vient de se passer j’ai un peu de mal à me lâcher… je roule moins vite que la veille. Avec le pneu qualif’ j’effectue une dernière tentative de battre mon chrono, mais une chute devant moi me ralentit et je ne peux améliorer…

Louis améliore de 3 dixièmes, au général nous perdons deux places et sommes donc qualifiés en 11ème position et en 2ème position de la catégorie Stocksport. C’est un peu décevant, mais la course est très longue et ces deux positions ne changeront au final pas grand-chose.


Samedi 15H : départ de la course !

Bizarrement je ne ressens pas vraiment de pression, peut être car ce n’est pas moi qui prends le départ.

C’est Freddy qui s’élance, très vite il prend un bon rythme alors que déjà les deux motos les plus rapides aux essais partent à la faute. Le GMT casse le moteur et doit abandonner et la Honda qui était en pôle chute avant de repartir loin derrière. Au terme du premier relais nous sommes 7ème.

Le ravitaillement est très rapide (quelques secondes, puisque nous ne changeons les pneus que un relais sur deux pour l’arrière et un relais sur 4 pour l’avant) et déjà c’est moi qui repars à son guidon.

Je me mets de suite dans le rythme et roule en 1’42 à tous les tours. Cela ne me satisfait pas vraiment mais j’ai tétanisé assez rapidement, et je sais que mon premier relais est toujours délicat. Justement à cause de mes avants bras qui tétanisent énormément dans ce premier relais. Alors que dans les relais suivants à chaque fois mes bras tétanisent moins. Je ne sais pas réellement pourquoi mais ça a toujours été comme ça… Je maintiens tout de même le rythme jusqu’à ce que mon panneautage m’indique de rentrer au box afin de laisser place à Louis Bulle.

Pendant le relais de Louis, le ciel commence à faire des siennes, pour une de ses premières expériences il gère super bien l’arrivée de la pluie en rentrant au meilleur moment et passer les pneus pluie. C’est Freddy qui prend en main les opérations. A 18h nous sommes déjà remontés à la 4ème position.


2ème relais : Dans ces conditions piégeuses Freddy est vraiment au top et finit par prendre la 3ème place. Alors que la piste sèche, il est temps de passer les slicks. C’est moi qui vais repartir sur une piste où juste la trajectoire n’est plus mouillée. Il faut donc vraiment faire attention. Quelques belles glisses ont orné mon relais mais je m’en sors plutôt bien et fais partie des plus rapides en piste. Cela nous permet de confirmer notre 3ème place au scratch et la 1ère en Stock.
Je commence à m’habituer à ce rythme et à rentrer vraiment en mode 24h… Le physique commence à aller mieux, puisque plus décontracté. J’ai tout de même le sourire quand le panneau T3 m’est présenté. (C’est le signe qui me dit qu’il me reste 3 Tours avant de rentrer au box.)

Louis et Freddy enchaînent avec de beaux relais également même si nous n’avons pu empêcher la Honda officielle de nous remonter après sa chute. Nous sommes donc 4ème après 7h de course


3ème et 4ème relais : La nuit tombe sur le circuit du Mans alors que je dois partir pour mon 3ème relais. La nuit est fraîche, mais la piste sèche enfin, après seulement quelques tours la bulle de ma moto s’orne de quelques gouttes qui s’écrasent et glissent aussitôt en dehors de mon champs de vision, comme pour me dire : ne t’inquiète pas ça ne mouille pas, tu n’as rien vu ;) !

Le grip est toujours bon alors je ne ralentis pas trop le rythme. Après quelques tours les gouttes ne filent plus car trop vite elles sont remplacées par d’autres qui s’écrasent aussi sur la bulle de la moto. Dans certains virages je sens l’adhérence qui commence à faiblir, et vois déjà un ou deux pilotes partir à la faute. piégeux

Ce n’est pas assez mouillé pour mettre des pneus pluie, mais c’est très piégeur … Après quelques tours et une nouvelle chute, le safety-car est de sortie, la pluie s’intensifie. Je rentre au box, les pneus pluie sont montés à toute allure par l’équipe sur la moto et je repars aussitôt.
Mon premier relais sous une légère pluie se passe bien, pas trop de frayeurs, des chronos réguliers qui nous permettent de nous maintenir à cette 4ème position.

Comme Louis n’a jamais roulé sous la pluie avec cette moto, c’est Freddy qui était prêt qui reprend la suite. Il effectue un super double relais, roulant dans de bons chronos qui nous permettent de prendre plus d’ 1tour d’avance sur nos poursuivants.


5ème relais : Cette fois-ci c’est la grosse pluie et le froid quand je prends mon tour. Les conditions sont vraiment difficiles, la visibilité très réduite : en effet il est 3h du matin, il fait nuit et il pleut énormément. Avant de partir j’avais regardé les chronos de nos concurrents afin de garder ce rythme là.

Alors je m’applique et rapidement tourne dans les temps que je m’étais fixé sans prendre trop de risques. Ceci jusqu’au virage du chemin au bœuf, alors que la moto est presque droite, et que je remets les gaz, l’arrière décroche puis raccroche sans que je m’y attende et me catapulte à terre suivant de près les gerbes d’étincelles que la moto fait en raclant le bitume…

Pas de bobos pour moi, je me précipite vers la moto la relève malheureusement le guidon est vraiment tordu et est en butée sur le carénage… mais heureusement pas grand-chose d’autre. Je redémarre la moto et reviens vers les stands à faible allure, car je ne peux pas tourner à droite.

Dès que j’arrive à proximité des stands, l’équipe prend en main la moto à une allure extra… Louis a à peine le temps de se changer que la moto est déjà prête. Je lui laisse mon guidon, car je suis très vexé d’être tombé et que j’ai besoin d’analyser mon erreur avant de rouler à nouveau.

Malheureusement les conditions apocalyptiques n’aident pas Louis qui découvre la pluie de nuit, sur une 1000… et il chute à son tour. Il parvient à ramener la moto aux stands et repart après quelques minutes d’un travail acharné de l’équipe.
Dans ces opérations nous avons perdu pas mal de places puisque nous sommes désormais 9ème au général et 3ème en Stocksport.


6ème relais : A partir de ce moment (5h30 du matin), en raison de la pluie incessante et d’une légère blessure de Louis, seuls Freddy et moi allons rouler. Freddy réalise un bon relais et je suis dans sa lancée, on remonte un peu nos concurrents de devant mais pas assez vite.


7ème relais : Freddy accélère un peu le rythme et gagne deux places. Nous sommes donc 7ème et avons récupéré la seconde position au classement stocksport. Mais nous avons encore 6 tours de retard sur le leader de la catégorie. Je prends la moto et me concentre à rouler du mieux que je peux. Je fais partie des plus rapides et prends enfin plaisir dans ces conditions. Je reprends beaucoup de temps aux pilotes du Quatar Racing (leader de la catégorie) puisqu’à 10h du matin, un peu avant la fin de mon relais, nous n’avons plus que 4 tours de retard.


8ème relais : Encore une fois Freddy assure et reprends encore un tour aux pilotes qui nous précèdent. La fin de course devient de plus en plus intéressante, et on sent bien que Damien le team manager, ne compte pas se contenter de la seconde place. A 11h30 je reprends la moto et mets les bouchées doubles. Je remonte vite et termine à 12h50 avec 55s de retard seulement. Il reste environ 70 tours à parcourir, il faut donc gagner 1 seconde au tour à cette équipe.


9ème relais : Au moment où je rends la moto à Freddy, c’est le meilleur pilote de l’équipe adverse qui s’élance également. Il est donc plus difficile pour mon coéquipier de gagner du temps, car Anthony Delhalle gère son avance en calquant ses chronos sur Freddy. A la fin du relais Freddy parvient tout de même à gagner 10secondes. Il en reste 45s pour les 35 derniers tours.

Au début je ne suis pas panneauté sur l’écart car le Quatar ne s’est pas arrêté pour ravitailler… Sur la moto je prends tous les risques, pas mal de glisses à la clé. Mais pour descendre encore les chronos je m’applique encore plus éviter de faire patiner la moto et éviter de perdre du temps.

Au bout de 6 tours, le verdict tombe : je n’ai plus que 30s de retard. Au tour d’après mon panneau m’indique 26s, puis 23… ça sent bon !!!
J’arrive progressivement dans la roue de Sébastien Charpentier à ce moment loin devant moi au classement. Je ne suis plus qu’à une dizaine de seconde du pilote Quatari, je décide donc de me mettre dans la roue de Séb Charpentier afin de prendre moins de risques (sous la pluie il est plus facile de suivre quelqu’un afin de ne pas faire d’erreur…).

Alors qu’il reste encore une demi-heure de course, je suis derrière le leader, et profite d’une petite glissade de sa part pour m’emparer de son bien, et essaie de suite d’augmenter le rythme afin qu’il ne puisse me suivre. Cela fonctionne puisque dès le tour d’après j’ai 2secondes d’avance, puis 5… Je conserve le rythme jusqu’à obtenir 20 secondes d’avance après quoi je m’autorise à me relâcher un peu alors que la pression sur mes épaules se fait très intense. L’horloge qui se trouve au bord de la piste semble avancer au ralenti et les minutes sont longues à s’égrener. J’ai peur de commettre une erreur ou de trop ralentir et de me faire rattraper… Ce serait trop dommage après avoir conquis cette 5ème place au général et cette 1ère en Stock… Les derniers tours sont tendus, mais à l’approche des derniers virages, mon cœur s’emballe enfin et la pression redescend… La vision du drapeau à Damier avec dans le fond toute l’équipe sur le muret me soulage et me fait chaud au cœur…

C’est en Wheeling que je passe la ligne d’arrivée avant d’offrir quelques burns aux publique présent.

Que c’est bon, à l’arrivée, retrouver toute l’équipe leur sauter dans les bras… Puis le podium tout la haut… aux 24H du Mans… Quel souvenir inoubliable !!!


Bilan :

Je ne vais pas m’arrêter sur le fait que l’objectif à été réalisé… Une course d’endurance représente un tel investissement ! Plus que le sport c’est une aventure humaine, toute une semaine de travail (pour nous pilotes) et plus de deux mois pour l’équipe du Junior Team ! Imaginez le bonheur, le relâchement, la fatigue de ce travail acharné couronné malgré les déboires, par une victoire acquise à la lutte dans la dernière demi-heure !!!

Après 9h30 passé sur la moto en 24 sans dormir, j’étais physiquement atteint mais vidé… Le travail commencé en janvier avec Sport Bike Training a porté ses fruits, et mes principales douleurs sont au niveau des poignets et genoux, mais pas au niveau musculaire ! Je suis content que tout ce travail avec Loïc et Gérard soit récompensé…

Je suis également très heureux car après avoir fait chuter la moto, je me sentais vraiment responsable. Le fait que ce soit moi qui aille dans la dernière heure prendre la victoire m’a ôté ce poids. Bien entendu, je ne minimise pas la contribution de Freddy, dans ce succès, qui a été excellent tout au long de ces 24H. Ni l’influence de l’excellent travail des apprentis mécanos et de Damien (de toute l’équipe du Junior en fait)…

Alors je tiens à adresser un énorme merci à toute cette équipe du junior ! Les mécanos : Nono, Ben, Brice, Eric, Flo, Jo’, Kév’, Max’, Vale. Le manager Damien, Aurélie à la communication, toutes les personnes présentes dans le box et à l’hospitality du SERT… Matthieu et mes parents pour leur aide tout au long des 24…

Merci également à tous nos partenaires SUZUKI, DUNLOP, YOHANN MOTO SPORT, MOTUL, SPORT BIKE TRAINING, SHoei, IXON, Inforca, JMF menuiserie, Transport Gaillard, MC Lesigny, DEVIL, EMOTO.COM, AFAM, CARBONNE LORRAINE…


Merci de votre lecture, salutations sportives et amicales.


Cédric TANGRE






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World-Endurance - Webteam - 22/04/2009 21:03:18