Manu Debray De La Kawasaki Du Frt #116 à La Honda De L'education Racing Team #63
24H00 du Mans circuit Bugatti


Manu Debray sur la Honda CBR 100 RR de l'Education Racing Team - Photo : Esprit-Racing
Manu Debray sur la Honda CBR 100 RR de l'Education Racing Team Photo : Esprit-Racing


Les 19 et 20 avril derniers se courait la 30ème édition des 24 heures du Mans Moto. Pour l'occasion, j'étais présent sur le mythique circuit Bugatti, puisqu'intégré depuis cet hiver à l'équipe du FullGas Racing Team.


Mardi et mercredi : essais libres
La semaine commence par des essais libres, le mardi et le mercredi, qui me permettent de retrouver les sensations acquises aux essais pré-24h. En effet, passer successivement de ma Honda à la Kawasaki de l'équipe demande de se réadapter à chaque fois au comportement de chacune de ces machines, qui ne réagissent pas du tout pareil : la Kawasaki est beaucoup plus rigide, moins intuitive, et demande un pilotage plus « violent » pour être efficace. Ces séances se déroulant bien, nous sommes confiants pour les qualifications, qui interviennent le jeudi et le vendredi.


Jeudi et vendredi : qualifications
Ainsi, le jeudi après-midi, la moto est affûtée pour la première série de qualifications. Johann Garonnat, mon coéquipier, s'élance sous un ciel très menaçant. La météo ayant tenu, il réussit à trouver un bon rythme et accroche un très bon chrono de 1'44''1 en fin de session.
A mon tour de m'élancer. Seulement, il se met à pleuvoir peu avant de partir. Sur une piste pas assez mouillée pour passer les pneus pluie, je me dois de réaliser un bon chrono, sans chuter, pour que Philippe Patault, le 3ème pilote, puisse prendre la piste par la suite. Devant composer avec ces données, je ne parviens pas à me « lâcher ». En fin de séance, en suivant un pilote rapide, je suis parti pour améliorer. Mais, au virage des « esses bleus », les gouttes de pluie s'intensifient et il chute. Je constate alors que la piste ne permet plus de progresser. Je rentre aux stands avec un temps de 1'46''3, très déçu.
Philippe part alors pour sa série. Il doit composer avec des conditions de piste semblables à celle de ma série. Il descend progressivement ses chronos et, à l'avant-dernier tour, est crédité d'un 1'48''3. Tout se joue dans la dernière boucle. Mais, dans la courbe « Dunlop », la pluie s'est intensifiée. Alors qu'il entre dans le virage, aux alentours de 250 km/h, la roue avant perd adhérence et il part à la faute…

La moto est abîmée et nous devrons utiliser la machine de réserve pour les essais de nuit, le soir même. En revanche, la bonne nouvelle est que, provisoirement, la moto est qualifiée en 51ème position.

Le lendemain, la session de Johann se déroule sur une piste encore humide par endroits, ce qui l'empêche d'améliorer son chrono. Toutefois, le bitume sèche rapidement et devrait m'offrir de bonnes conditions en fin de séance.

Oui, mais voilà : parti sur un faux rythme, je suis incapable de réaliser de bons temps et je commence à forcer… au final, j'accroche un 1'46''0, bien loin de mes espérances… La veille, l'état de la piste ne m'avait pas permis de rouler très vite mais, cette fois, les bonnes conditions étaient réunies et c'est moi qui ai pêché en ne trouvant pas le bon rythme. En revanche, nos adversaires ne se sont pas privés pour progresser.
Philippe part à son tour pour tenter d'améliorer. Il descend progressivement ses chronos et s'arrête aux stands pour passer un pneu de qualifications (plus tendre donc plus adhérent, mais qui s'use très vite). Seulement, la chute de la veille a laissé des séquelles : au moment où il tente de rehausser son rythme, la douleur l'empêche de faire basculer la moto. Au final, il n'arrive pas à améliorer son chrono tandis que, à nouveau, certains concurrents ont réussi à le faire…
Peu de temps après, le verdict tombe : nous sommes finalement crédités de la 57ème place, alors que seuls les 56 premiers sont retenus pour la course… la pilule est difficile à avaler.


Vendredi après-midi, renversement de situation
Seulement, il y a parfois en endurance des équipes qui recherchent un pilote après les qualifications, pour remplacer l'un des leurs, blessé ou pas assez rapide. Et c'est dans ce contexte que plusieurs team managers sont alors venus me proposer de rouler dans leur structure.
C'est ainsi que, avec l'accord de Sonia Pataut, team manager du FRT (encore mon équipe à ce moment), j'ai répondu favorablement à la proposition de l'un d'entres eux.
J'ai alors rejoins l'Education Racing Team, équipe engagée avec une Honda CBR 1000 RR sous le numéro 63. Bien que connaissant déjà les pilotes et le team manager, j'allais devoir m'adapter très vite, y compris à la moto ! En effet, même s'il s'agit de la même machine que j'utilise en Coupe de France Promosport, de nombreux éléments diffèrent : pneus, gros réservoir type « endurance », cette moto sur ce circuit…

J'ai pu l'essayer le samedi matin, durant le warm'up, soit pendant 45 minutes et… sur piste mouillée ! Toutefois, je me suis rapidement senti à l'aise et j'ai pu progressivement assimiler le comportement de la moto. Mais pour ce qui est des réactions sur piste sèche, j'allais devoir attendre la course pour m'en rendre compte !


Samedi et dimanche, la course
Samedi, 15h00. Le départ est donné pour les deux tours d'horloge. C'est Claude Lucas, l'un de mes coéquipiers, qui s'élance. Après quelques tours, la pluie fait son apparition : nous avions été prévenus, la météo risque d'être capricieuse durant toute l'épreuve. Passage au stand, changement de pneumatiques, et Claude repart. A l'aise, il progresse bien. Lorsque, une heure plus tard, il repasse par les stands, c'est Jonathan Hardt, mon autre partenaire, qui prend le guidon, en pneus « slicks » (pour piste sèche).

Après environ une heure, le voici qui s'arrête pour me laisser la moto. Je vais partir pour mon premier relai, sur le sec. A ce moment, nous pointons dans le top 20. Bien entendu, l'équipe ne s'attend pas à ce que je sois tout de suite au niveau de Claude et Jonathan, mais je souhaite montrer que je peux rapidement m'adapter. Et c'est ce que j'arrive à faire, en faisant descendre régulièrement mes temps au tour. J'assimile progressivement le comportement de la moto et, lorsque je termine mon relai, nous figurons toujours parmi les 20 premiers.

Etirements, passage entre les mains du kiné, légère alimentation, 30 minutes de repos, et il faut déjà se préparer pour le deuxième relai.

Lorsque je reviens dans le stand, nous sommes toujours en bonne position et les chronos sont réguliers. Je repars après Jonathan, pour mon premier relais nocturne. Tout se passe bien, je prends de plus en plus confiance dans le package moto/pneus/suspensions. J'arrive déjà à égaler mon chrono de qualifications, sans forcer.

En descendant de la moto, même rituel. Seul bémol, je ne parviens pas à trouver le sommeil. En revanche, la satisfaction provient du fait que nous sommes maintenant dans le top 15.

Le troisième relai est vraiment sympa : les pneus sont en fin de vie (ils seront changés au prochain passage aux stands) et commencent à beaucoup glisser. Malgré cela, je tiens un bon rythme et prends plaisir à faire légèrement dériver la moto en sortie de courbe.

Comme à l'accoutumée, je laisse ensuite le guidon à Claude. Je ne parviens toujours pas à dormir et, en reprenant le guidon vers 4h du matin, je sais qu'il faudra vraiment trouver le sommeil à la prochaine pause, afin de tenir jusqu'au bout.
Cela dit, comme nous sommes maintenant parmi les 10 premiers, la motivation permet de lutter plus facilement contre la fatigue.

Mon quatrième relai est assez délicat : quelques tours après que je sois parti, il se met à pleuvoir sur une partie du circuit. Trois virages sont particulièrement piégeux, mais l'ensemble du circuit n'est pas assez mouillé pour passer les pneus pluie. Je vais alors utiliser ma petite expérience en endurance pour garder une bonne cadence. En effet, je me cale sur le rythme de pilotes rapides, en particulier dans les courbes humides : s'ils passent, c'est que je peux aussi passer ! Et je pense avoir eu un bon flair à ce niveau puisque deux d'entre eux vont chuter devant moi : ils m'ont servi de « fusible » !
Je fais alors partie des pilotes les plus rapides en piste et je reprends de grosses secondes à nos adversaires directs : les deux équipages avec lesquels nous disputons une place sur le podium de la catégorie Superstock.
Quand la pluie cesse, j'améliore même mon meilleur chrono : comme au Bol d'Or l'an dernier, ma meilleure performance pure serait donc faite de nuit.

Lorsque je rends la moto à Claude, nous sommes à la 8ème position au classement général et à la 2ème place en Superstock (notons qu'il s'agit de la catégorie dans laquelle les motos sont les moins performantes…). C'est plus que satisfaisant !

Oui, mais voilà… le relai de Claude va s'éterniser puisqu'il va de nouveau devoir s'arrêter pour passer des pneus pluie après qu'une grosse averse ait détrempé la piste. Alors très à l'aise, il était l'un des plus rapides en piste (si ce n'est le plus rapide sur certains tours).
Mais, à quelques tours de laisser le guidon à Jonathan, il se fait piéger à la sortie de la chicane « Dunlop » : la moto part en travers et l'éjecte violemment… Claude n'est pas blessé, mais la machine a souffert : le cadre et la fourche sont cassés.

Il est malheureusement impossible de réparer et Claude rentre au stand à pieds… c'est l'abandon. Toute l'équipe est déçue, bien entendu.

Quoi qu'il en soit, il n'y a aucune raison de s'en vouloir pour qui que ce soit : à ce moment-là, c'était le jeu de rouler vite pour tenter de conserver notre excellente place au classement. Parfois on joue et on gagne, parfois on joue et on perd.

Bien sûr, cela n'enlève pas la déception, mais il y a un grand nombre de points positifs à souligner. J'ai été ravi d'intégrer cette équipe qui m'a accueilli chaleureusement. J'ai pu observer une structure très professionnelle, sur tous les aspects. Il n'y a donc qu'une chose à retenir : si ça passait, c'était beau !

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont soutenu pour cette course, ainsi que Hervé Baudry, team manager de l'ERT, mes coéquipiers et toute l'équipe avec laquelle j'ai concouru, Jean-Pierre le kiné, Benoit et mon père (mes chronométreurs) et, vraiment, je tiens à remercier l'ensemble de l'équipe FRT 116, avec qui j'ai passé une très bonne semaine précédent la course.

A bientôt pour les prochaines infos, probablement après la course de Promosport qui se déroule le weekend prochain sur le circuit de Pau-Arnos.

Sportivement,


Manu Debray



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World-Endurance - Webteam - 05/05/2008 22:41:55